3/20/2026

Cession de bail commercial : guide complet pour céder ou reprendre

Dernière mise à jour : 20 mars 2026

Cession de bail commercial : comment céder ou reprendre un droit au bail en toute sécurité ?

Vous exploitez un commerce et souhaitez transmettre votre bail à un repreneur. Ou vous envisagez de reprendre un local déjà occupé sans repartir de zéro. Dans les deux cas, la cession de bail commercial est l'opération juridique qui vous concerne. Mal préparée, elle peut aboutir à l'inopposabilité de la cession, voire à la résiliation du bail. Je vous explique dans cet article les règles à connaître, les pièges à éviter et la marche à suivre pour sécuriser cette opération.

Qu'est-ce qu'une cession de bail commercial ?

La cession de bail commercial est le contrat par lequel le locataire en place (le cédant) transfère à un nouveau locataire (le cessionnaire) l'ensemble des droits et obligations attachés à son bail. Le bail initial se poursuit, seul le titulaire change. Le bailleur conserve les mêmes conditions contractuelles : durée restante, loyer, charges.

Il faut distinguer deux situations. La cession du droit au bail seul, où seul le contrat de location est transmis, et la cession du fonds de commerce, qui inclut le droit au bail parmi d'autres éléments (clientèle, enseigne, matériel). Cette distinction est capitale car elle détermine les droits du bailleur.

Le droit au bail a une valeur patrimoniale propre. Le cessionnaire verse un prix au cédant, librement négocié entre eux. Ce prix n'est pas dû au bailleur, qui continue de percevoir le loyer et le dépôt de garantie dans les conditions initiales.

Le bailleur peut-il interdire la cession du bail commercial ?

Non, le bailleur ne peut pas interdire la cession du bail lorsqu'elle accompagne la vente du fonds de commerce. L'article L145-16 du Code de commerce est formel : toute clause tendant à interdire au locataire de céder son bail à l'acquéreur de son fonds de commerce est réputée non écrite.

Ce principe est d'ordre public. Même si le bail contient une clause d'interdiction totale, elle sera privée d'effet dès lors que la cession intervient dans le cadre d'une vente de fonds.

En revanche, le bailleur peut valablement interdire la cession du droit au bail seul, c'est-à-dire la cession dissociée de la vente du fonds de commerce. La plupart des baux commerciaux contiennent d'ailleurs une telle interdiction. Si votre bail l'interdit, vous ne pourrez céder le droit au bail isolément qu'avec l'accord exprès du bailleur.

Qu'est-ce que la clause d'agrément et comment fonctionne-t-elle ?

La clause d'agrément est la stipulation du bail qui impose au locataire d'obtenir l'accord préalable du bailleur avant toute cession. Elle est très fréquente en pratique. Elle permet au propriétaire de contrôler l'identité et la solvabilité du repreneur.

Le bailleur qui dispose d'une clause d'agrément peut accepter ou refuser le cessionnaire proposé. Mais son refus ne peut pas être discrétionnaire. La Cour de cassation juge de façon constante que le bailleur doit invoquer un motif légitime pour refuser la cession (Cass. 3ᵉ civ., 9 mai 2019, n° 18-14.540). Un refus sans motif est constitutif d'un abus et ouvre droit à indemnisation au profit du locataire.

En cas de refus abusif, le locataire peut saisir le juge pour obtenir l'autorisation de passer outre. Le tribunal appréciera alors si le refus repose sur un motif sérieux ou si le bailleur se contente d'un blocage injustifié.

L'agrément peut être exprès (accord écrit) ou tacite. Si le bailleur assiste à la cession sans émettre d'objection, il ne pourra pas ensuite contester la régularité de l'opération.

Quelles sont les autres clauses restrictives à vérifier dans le bail ?

Au-delà de la clause d'agrément, plusieurs stipulations peuvent encadrer ou restreindre la cession de bail commercial. Il est impératif de les vérifier avant toute opération.

La clause d'intervention du bailleur à l'acte oblige à ce que le propriétaire soit présent ou représenté lors de la signature de l'acte de cession. Elle est moins contraignante que l'agrément car elle n'implique pas un pouvoir de refus, mais un droit de contrôle.

La clause de forme peut imposer que l'acte de cession soit rédigé par un notaire ou par le conseil du bailleur. Elle vise à sécuriser l'opération et à garantir la reprise par le cessionnaire de l'intégralité des obligations du bail.

La clause de préemption au profit du bailleur lui confère une priorité d'acquisition si le locataire décide de vendre. Le bailleur dispose alors d'un droit de rachat aux conditions proposées par le candidat cessionnaire.

Enfin, la clause de destination fixe l'activité autorisée dans les locaux. Le cessionnaire devra exercer une activité conforme à cette clause, sauf à engager une procédure de déspécialisation.

Quelle est la procédure pour céder un bail commercial ?

La cession de bail commercial obéit à une procédure rigoureuse. Plusieurs étapes sont incontournables.

Première étape : vérifier les clauses du bail. Le cédant doit relire son contrat et identifier toutes les clauses relatives à la cession (agrément, forme, intervention, préemption). Ces clauses conditionnent la faisabilité de l'opération.

Deuxième étape : informer et obtenir l'accord du bailleur si le bail l'exige. Le locataire doit notifier au bailleur son intention de céder, en précisant l'identité du cessionnaire et les conditions de la cession. En l'absence de réponse, il est conseillé de le mettre en demeure par acte de commissaire de justice.

Troisième étape : rédiger l'acte de cession. L'acte doit préciser les conditions essentielles du bail (adresse, durée, loyer, charges), l'identité des parties, le prix de cession et ses modalités de paiement. Il reprendra les obligations que le cessionnaire s'engage à respecter.

Quatrième étape : signifier la cession au bailleur. L'article 1690 du Code civil impose que le bailleur soit informé de la cession par voie de signification (acte de commissaire de justice) ou par acceptation dans un acte authentique. Sans cette formalité, la cession lui est inopposable.

Cinquième étape : réaliser un état des lieux. L'article L145-40-1 du Code de commerce impose un état des lieux contradictoire lors de la prise de possession par le cessionnaire. Ce document doit être joint au bail ou conservé par chaque partie.

Sixième étape : enregistrer l'acte. L'acte de cession doit être enregistré auprès du service des impôts dans un délai d'un mois suivant sa signature. L'enregistrement s'effectue au bureau dont dépend le local.

Vérifier le droit de préemption de la commune

Avant de finaliser la cession, le cédant doit vérifier si le local commercial se situe dans un périmètre de sauvegarde du commerce et de l'artisanat de proximité. Si c'est le cas, la commune dispose d'un droit de préemption : elle peut se substituer au cessionnaire et acquérir le droit au bail en priorité.

Le cédant doit alors adresser à la mairie une déclaration d'intention d'aliéner (formulaire Cerfa n° 13644*02) avant la cession. La commune dispose d'un délai pour faire connaître sa décision. À défaut de réponse dans le délai, son silence vaut renonciation.

Pour savoir si votre local est concerné, il suffit de consulter les services d'urbanisme de la mairie ou de vérifier sur le site de la commune.

La clause de garantie solidaire : quels risques pour le cédant ?

La clause de garantie solidaire engage le cédant à répondre du paiement des loyers et de l'exécution du bail par le cessionnaire. Elle est très fréquente et constitue un piège majeur pour le locataire sortant.

Depuis la loi Pinel du 18 juin 2014, cette garantie est limitée à trois ans à compter de la date de cession (article L145-16-2 du Code de commerce). Le bailleur ne peut plus l'invoquer au-delà de ce délai pour les baux conclus après l'entrée en vigueur de la loi.

Attention cependant : la Cour de cassation a jugé que cette limitation n'est pas d'application immédiate aux contrats conclus avant le 20 juin 2014 (Cass. 3ᵉ civ., 11 avril 2019, n° 18-16.121). Pour les baux antérieurs, la durée de la garantie reste celle prévue au contrat.

L'article L145-16-1 du Code de commerce impose par ailleurs au bailleur d'informer le cédant de tout défaut de paiement du cessionnaire dans le délai d'un mois. Sans cette information, le bailleur perd le droit d'actionner la garantie solidaire.

Quel est le coût fiscal de la cession d'un bail commercial ?

La cession du droit au bail est soumise à des droits d'enregistrement calculés sur le prix de cession. Le barème applicable est progressif : un abattement de 23 000 euros s'applique, puis un taux de 3 % sur la fraction du prix comprise entre 23 000 et 200 000 euros, et un taux de 5 % au-delà.

Ces droits sont en principe à la charge du cessionnaire, sauf convention contraire entre les parties.

Pour le cédant, la cession génère une plus-value qui sera imposée selon son régime fiscal (impôt sur le revenu pour les entrepreneurs individuels, impôt sur les sociétés pour les sociétés). Des régimes d'exonération existent, notamment en faveur des petites entreprises sous conditions de chiffre d'affaires.

L'enregistrement doit être réalisé dans le mois suivant la signature de l'acte, sous peine de pénalités de retard.

Le cas particulier de la cession en cas de départ à la retraite

L'article L145-51 du Code de commerce offre une faculté spéciale au locataire qui part à la retraite ou bénéficie d'une pension d'invalidité. Il peut céder son bail pour l'exercice d'une activité différente de celle prévue au bail, sans que le bailleur puisse s'y opposer.

Cette possibilité concerne le commerçant personne physique, l'associé unique d'une EURL et le gérant majoritaire d'une SARL depuis au moins deux ans.

La procédure est spécifique. Le locataire doit signifier au bailleur son intention de céder en précisant la nature de l'activité envisagée et le prix proposé. Le bailleur dispose alors d'un droit de préemption pendant deux mois. S'il ne l'exerce pas et ne saisit pas le tribunal dans ce délai, son accord est réputé acquis.

La nouvelle activité doit rester compatible avec la destination, les caractères et la situation de l'immeuble.

Quelles sont les conséquences d'une cession irrégulière ?

Une cession réalisée en violation des clauses du bail expose les parties à des sanctions lourdes.

Si le bailleur n'a pas été régulièrement informé ou si le locataire n'a pas respecté la clause d'agrément, la cession est inopposable au propriétaire. Le bailleur peut alors considérer le cessionnaire comme un occupant sans droit ni titre et demander son expulsion. La Cour de cassation a confirmé cette analyse dans un arrêt du 16 novembre 2023 (Cass. 3ᵉ civ., n° 22-17.567) : le bailleur est fondé à exiger le respect de la clause d'agrément, même lorsque le juge des référés avait autorisé la cession au profit d'autres personnes.

Le bailleur peut également invoquer la clause résolutoire du bail et engager une procédure de résiliation. Enfin, en cas de non-respect des formalités, le bailleur peut refuser le renouvellement du bail sans verser d'indemnité d'éviction.

Pour le cédant, les conséquences sont tout aussi graves : il reste le locataire en titre aux yeux du bailleur et demeure tenu au paiement des loyers.

Pourquoi se faire accompagner par un avocat pour la cession de bail commercial ?

La cession de bail commercial implique la vérification de clauses contractuelles complexes, le respect de formalités légales précises et la négociation d'un acte qui engage durablement les parties. Une erreur de procédure ou un oubli de clause peut rendre la cession inopposable et entraîner la perte du local.

L'intervention d'un avocat en droit immobilier permet de sécuriser l'opération à chaque étape : audit du bail existant, vérification des clauses restrictives, rédaction de l'acte de cession, signification au bailleur et enregistrement fiscal.

Je suis particulièrement attentif à la rédaction des clauses de garantie solidaire, à la conformité de la clause de destination et aux formalités de purge du droit de préemption communal.

L'essentiel à retenir

Le bailleur ne peut jamais interdire la cession du bail lorsqu'elle accompagne la vente du fonds de commerce (article L145-16 du Code de commerce).

La clause d'agrément oblige le locataire à obtenir l'accord du bailleur, mais un refus sans motif légitime est abusif et ouvre droit à indemnisation.

La cession doit être signifiée au bailleur par acte de commissaire de justice (article 1690 du Code civil), sous peine d'inopposabilité.

La garantie solidaire du cédant est limitée à trois ans pour les baux conclus depuis le 20 juin 2014 (article L145-16-2 du Code de commerce).

L'acte de cession doit être enregistré aux impôts dans le mois suivant la signature, avec des droits calculés sur le prix de cession.

Vous envisagez de céder ou de reprendre un bail commercial ? Je vous accompagne dans la vérification de votre bail, la rédaction de l'acte de cession et la sécurisation de l'ensemble de l'opération. Avocat à Bressuire, j'interviens en droit immobilier et baux commerciaux sur l'ensemble du territoire. Prenez rendez-vous pour en discuter.

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Peut-on céder un bail commercial sans l'accord du propriétaire ?

Oui, si la cession accompagne la vente du fonds de commerce. Le bailleur ne peut pas s'y opposer. En revanche, si le bail prévoit une clause d'agrément, son accord préalable reste nécessaire, mais un refus injustifié peut être contourné par voie judiciaire.

Quelle est la différence entre cession de bail et cession de fonds de commerce ?

cession de bail ne porte que sur le contrat de location. La cession de fonds de commerce inclut le bail mais aussi la clientèle, l'enseigne, le matériel et les contrats en cours. Le bailleur peut interdire la première, jamais la seconde.

Combien coûte une cession de bail commercial

Le prix est librement fixé entre cédant et cessionnaire. S'y ajoutent les droits d'enregistrement (3 % entre 23 000 et 200 000 euros, 5 % au-delà) et les frais de rédaction de l'acte.

Quel délai pour signifier la cession au bailleur ?

La loi ne fixe pas de délai précis, mais la signification doit intervenir avant ou concomitamment à la prise de possession. Sans signification, la cession est inopposable au bailleur.

Le nouveau locataire hérite-t-il de toutes les obligations du bail ?

Oui. Le cessionnaire reprend le bail dans les mêmes conditions : loyer, charges, destination, durée restante. Il bénéficie aussi du droit au renouvellement si les conditions sont remplies.

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